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Bienvenue sur cette plateforme. Vous y trouverez les analyses et commentaires de l'actualité internationale et régionale, réalisés par le Dr. Sali Bouba Oumarou.

Theodor Michael Wonja : Allemand et noir en plus.

Theodor Michael Wonja : Allemand et noir en plus.

 

 « Allemand et noir en plus », c’est le titre, un brin intriguant, de l’autobiographie de Theodor Micheal Wonja, métis né d’un père Camerounais et d’une mère allemande. Ce récit de vie de deux cent vingt-trois pages apporte un éclairage sur la trajectoire singulière d’un homme qui aura vécu une partie importante de sa vie dans la peau d’un être inclassable, invisible et surtout rejeté durant la « période noire » de l’Allemagne Nazi. Certes, comme on peut l’envisager, sans même tourner une page froide de l’ouvrage, il s’agit bien d’une recension de souvenirs signifiants et marquants d’un homme, comme on  en trouve dans toutes autobiographies ; mais plus que la sélection de souvenirs digne d’intérêt personnel ou collectif, l’autobiographie de Micheal Wonja est une subtile et étonnante insertion à la fois  dans une zone grise de l’histoire tumultueuse de l’Allemagne : l’histoire des êtres dont le destin a voulu qu’ils naissent dans ce qu’on appelle désormais les foyers mixtes, « lieu privilégié»[1] où les cultures peuvent s’affronter, dialoguer ou se fonder.

Tout ou presque ou du moins l’essentiel a été dit sur la période de l’Allemagne Nazi et la seconde guerre mondiale, pensait-on. Les historiens et les chercheurs de tous bords, des plus sérieux, tels Herman Mau et Helmut Krausnick [2], au moins rigoureux, ont apporté des éclairages importants et parfois déterminants, chacun à son niveau, aux aspects idéologiques, stratégiques et militaires de la période Allemande Nazi  et de la seconde guerre mondiale; des productions journalistiques et scientifiques foisonnent sur le pourquoi et le comment des jeux et enjeux de cette période. Néanmoins dans ces productions éclectiques, les « Afro-Allemands »[3], largement « rejetés » dans « une société qui n’était pas du tout prête à les accueillir[…] »[4] mais était obligée de composer avec eux, ont été largement ignorés. Or, ces derniers, mentionnés explicitement dans le livre programme de Hitler, Mein Kampf, comme le rappelle à juste titre le préfacier de l’ouvrage, Charles Onana,  ont également subi la foudre et les douleurs des politiques nazis qui les considéraient comme des citoyens de seconde zone ou tout simplement des individus en dessous des citoyens ordinaires. Ne remplissant pas les critères de « pureté » pour être allemand dans le sens plein, en période Nazi bien sûr, des hommes et femmes de la catégorie Wonja vont ainsi payer un lourd tribu. C’est ce tribu, composé lourd de rejet étatique, de misère psychologique et sociale et d’une aspiration désespérée à la reconnaissance que relate Wonja. C’est concrètement, à titre d’illustration, l’obligation pour survivre d’exposer « l’africain » ou le primitif en lui dans des spectacles dits ethniques ; c’est également la souffrance intime de l’exclusion du système éducatif. Mais c’est encore, et plus insidieusement, plus implicitement, l’exposition de la condition humaine telle qu’elle peut paraître sous certains cieux, les conséquences artificielles de la différence tout autant que des artifices de la différence. C’est à bien parler l’exposition du rejet à la périphérie de la société sans aucune véritable chance ni veritable espoir de rejoindre un jour son centre, du seul fait de n’être pas du « peuple ».

Synthèse d’une vie particulière et brise-glace d’un silence sur la vie des Afro-Allemands en période Nazi, l’ouvrage de Wonja, agréable à lire, évoluant au rythme des âges de l’auteur, remplis d’anecdotes et de petites histoires interpellant sur des aspects ignorés de l’histoire en générale, et de l’évolution de la société Allemande en particulier, est de la lignée de ces témoignages qui ne laissent pas indiffèrent.

Tanger le 07/05/2019

 

[1] Catherine Delcroix, Anne Guyaux, Amina Ramdane et Evangelica Rodriguez, « Mariage mixte, rencontre de deux cultures tout au cours de la vie », Enquête [En ligne], 5 | 1989, mis en ligne le 27 juin 2013, consulté le 23 mars 2019. URL : http://journals.openedition.org/enquete/94

[2] Voir Herman Mau et Helmut Krausnick, Le national-socialisme. Allemagne 1933-1945, casterman 1962

[3] Expression utilisé par le préfacier de l’ouvrage

[4] Theodor Michael Wonja, Allemand et noir en plus ! Souvenirs d’un rescapé des camps nazis. Ed Duboiris, 2016,p.7

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Dr. Sali Bouba Oumarou

Analyser, décrypter et écrire: une passion qui meuble mon temps.
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