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Bienvenue sur cette plateforme. Vous y trouverez les analyses et commentaires de l'actualité internationale et régionale, réalisés par le Dr. Sali Bouba Oumarou.

Le climat des affaires: une piste serieuse pour faire face aux conséquences économiques du COVID19

L’économie mondiale, y compris africaine donc, ne sortira pas indemne de la crise du Covid 19. Les premières projections sur l’impact économique de cette crise sanitaire laisse craindre le pire : le scenario des sévères crises révolues n’est pas loin. La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement prévoit ainsi que la croissance du produit intérieur brut (PIB) du continent africain pourrait passer de 3,2% à 1,8 % en 2020 ; une baisse qui pourrait considérablement s’accentuer si la pandémie connait une expansion importante, selon Rolf Traeger, chef du secteur sur les pays les moins avancés à la CNUCED.

Cette détérioration prévisible de la croissance du PIB du continent s’expliquerait, à gros traits, par l’impact de la pandémie sur la demande mondiale, le commerce mondial et ses répercussions pour les économies africaines dont l’essentiel des exportations est dirigé vers les marchés extracontinentaux quasi à l’agonie. Face à cette situation préoccupante, l’amélioration de l’environnement des affaires doit être une piste à ne pas négliger dans les scenarios visant à résorber les effets indésirables de la crise.

Il est constant que bien avant la crise sanitaire liée au Covid 19, les économies de plusieurs pays africains étaient caractérisées par un climat des affaires ne favorisant pas réellement l’entrepreneuriat productif et d’opportunité, considérés comme les orientations de l’entrepreneuriat ayant un impact plus substantiel sur la croissance ainsi que sur la création d’emplois directs et indirects. Les données du rapport Doing Business des trois dernières années permettent de constater, à cet effet, que, comparée aux autres régions du monde, l’Afrique reste le continent où il est difficile pour les entrepreneurs domestiques et internationaux de procéder à des investissements susceptibles d’impacter qualitativement le développement. Au concret, cela s’explique par les coûts élevés à l’entrée, l’insécurité juridique, la faiblesse des infrastructures et ressources indispensables aux affaires, et, in fine, la prolifération des pratiques déviantes négatives tels que la corruption et le copinage. Certes, certaines économies du continent, telles que l’Ile Maurice, le Rwanda, le Botswana et l’Afrique du sud, ont opéré, ces trois dernières années, et bien au-delà, des reformes importantes et ambitieuses visant à améliorer le climat des affaires de leurs économies respectives. Ces importantes réformes qui ont fondamentalement renforcé la sécurité juridique des affaires, ont eu des effets positifs sur la croissance de ces différents Etats. L’Ile Maurice est, à ce titre, depuis quelques années maintenant, l’économie africaine la mieux classée en matière d’amélioration du climat des affaires ; 13eme meilleure économie propice aux affaires, selon le dernier rapport Doing Business, elle talonne au classement les économies comme l’Australie et la Malaisie. Malgré ces performances louables, la réalité est là : ce sont en majorité les économies africaines qui sont les moins biens classées dans les rapports Doing Business des trois dernières années. Les pays comme le Tchad (182/190), la République Démocratique du Congo (183/190), la République Centrafrique (184/190), le Soudan du Sud (185/190) et la Somalie (190/190) occupent le bas du classement des économies pris en compte. Globalement, sur les 54 pays que comptent le continent, seules 21 économies affichent des scores continus au-dessus de 50, ces trois dernières années.

Les effets et conséquences de tels environnements des affaires ont déjà fait l’objet d’études et analyses. Il en ressort largement qu’ils favoriseraient la prolifération de l’entrepreneuriat improductif. Les pressions fiscales, l’insécurité juridique, les politiques publiques arbitraires et orientées vers la sauvegarde d’intérêts particuliers augmenteraient ainsi le risque et le coût de l’entrepreneuriat, pour les uns, et, pour les autres, ils justifieraient, soit le choix de rester dans l’informel (89 % de l’emploi total de la région selon la banque mondiale), soit celui de trouver des stratégies déviantes permettant de survivre dans des environnements hostiles. Au surplus, de tels environnements des affaires expliqueraient largement la faiblesse de l’investissement privé domestique et international. Ils expliqueraient donc par ricochet la faiblesse de l’emploi décent et la persistance des poches de pauvreté.

Cette situation du climat des affaires de certaines économies africaines, déjà préoccupante bien avant le déclenchement de la pandémie du Covid 19, a été nécessairement exacerbée par cette dernière. La crise joue à ce niveau comme un multiplicateur. Moralement, le risque d’investissement est plus grand et les coûts des transactions, déjà considérés comme élevés, prennent nécessairement une nouvelle dimension chez des entrepreneurs ou potentiels entrepreneurs affectés par les conséquences économiques de la pandémie. Les petites et moyennes entreprises qui constituent 90 % du tissu économique de la région se retrouvent obligées de reporter leurs investissements, les annuler ou tout simplement baisser les rideaux. Ce qui est synonyme, bien évidemment, pour des secteurs comme celui du tourisme- durement affecté par la crise- de pertes d'emplois, de montée du chômage et de la pauvreté. L’union africaine, dans une étude rendue public le 6 avril, avance le chiffre de 20 millions d’emplois menacés dans les secteurs formels et informels, soit autant, voire plus de pauvres. En dehors de mesures inédites d’amélioration du climat des affaires, il est envisageable que seul le secteur informel continuera véritablement de connaitre une progression atone de l’investissement, pendant et au sortir de la crise, dans la mesure où l’entreprenariat de survie ou de nécessité, dominera largement l’entrepreneuriat d’opportunité.

Une des possibilités pour juguler ou atténuer cette perspective serait donc d’opérer des reformes intelligences, audacieuses, voire inédites allant dans le sens de l’amélioration du climat des affaires. La réduction des coûts d’entrée, l’assouplissement de la pression fiscale, et surtout le renforcement de la sécurité juridique des affaires peuvent constituer des mesures incitatives à l’investissement, à l’accroissement du niveau d'afflux de capitaux dans le secteur formel…

Tanger le 28 mai 2020.

 

 

 

 

 

 

 

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Dr. Sali Bouba Oumarou

Analyser, décrypter et écrire: une passion qui meuble mon temps.
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