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Bienvenue sur cette plateforme. Vous y trouverez les analyses et commentaires de l'actualité internationale et régionale, réalisés par le Dr. Sali Bouba Oumarou.

L’inde une « Superpuissance de l’espace » ?

© ISRO

La rivalité sourde ou ouverte qui oppose les puissances traditionnelles ou les acteurs en quête de reconnaissance d’un tel statut sur la scène des relations internationales s’étend désormais au niveau l’espace. Jadis contemplé pour sa « superpauvrété », l’inde à travers son organisation de Recherche et Développement pour la Défense est entré dans le cercle fermé des Etats pouvant détruire un satellite en orbite basse. De fait, cet Etat d’Asie du Sud est devenu la quatrième nation au monde après les États-Unis, la Chine et la Russie à réussir cette prouesse technologique.Si cette dernière capacité de dissuasion militaire du « gladiateur » indien ne place pas encore au niveau des Etats-Unis ou de la Russie dans la conquête militaire de l’espace, elle est inexorablement le témoin de la marche de l’inde vers des ambitions de puissance au rayonnement mondiale et d’hégémonie au niveau régional. Qu’est ce qui explique cette attitude de l’inde ? Jusqu’où peut aller cet Etat tiraillé entre des défis internes et un environnement géopolitique marqué du sceau de la rivalité et la méfiance?

Le cavalier indien dans une arène géopolitique marqué par les rivalités et l’incertitude

Au moins deux raisons, dont le dénominateur commun est un environnement géopolitique instable et incertain, explique l’incessante montée de la puissance militaire indienne sur l’arène internationale et régionale. Tout d’abord, il y a les rivalités traditionnelles, sous fond de méfiance réciproque, de l’inde avec ces voisins. Les rivalités historiques entre la chine et l’inde au Nord, et entre cette dernière et le Pakistan à l’Ouest, poussent à cadence régulière l’Inde à avancer la carte de ses intérêts par divers moyens et à miser sur ses capacités de dissuasion militaire.Certes, les relations entre les trois Etats, partageant des frontières communes, sont relativement apaisées ces dernières années ; des rapprochements politiques, même symboliques, inespérés auparavant, ont eu lieu; des cadres de coopération bilatérale voire multilatérale, à l’instar de l’Association régionale pour la coopération en Asie du Sud (SAARC), facilitent certaines transactions politiques; les échanges commerciaux entre les différents Etats, notamment entre la chine et l’inde ont connu des évolutions significatives, passant par exemple de 200 millions USD en 1990 à 2 milliards USD en 1999, puis à 60 milliards USD 2010; toute chose qui pourrait laisser croire que  l’environnement géopolitique immédiat de l’inde est davantage caractérisé par le partenariat que par  l’antagonismes ou l’hostilité. Or, ces divers rapprochements, pouvant s’inscrire dans le cadre d’une vision pragmatique des relations de voisinage, n’effacent en rien les nombreux points de tensions qui minent l’environnement géopolitique immédiat de l’Inde. Les rapprochements entre l’inde et ses voisins sont aussi fragiles qu’une toile d’araignée pour bon nombre de raisons. Les diverses questions frontalières non réglées, à l’instar du contentieux himalayen, entre l’inde et la chine, et du contentieux sur la zone du cachemire, entre le Pakistan et l’Inde, constituent autant de motifs des perceptions négatives du voisinage que des motivations à l’augmentation des dépenses militaires et l’exploration de nouveaux secteurs stratégiques pouvant renforcer le sentiment de sécurité, en principal, et le sentiment de domination, en accessoire. Du point de vue de New Delhi, les contentieux diffus et larvés avec ces voisins qui couvent diverses menaces, dont le point culminant pourrait être des affrontements militaires, similaires à celles connues dans le passé, notamment avec la chine en 1962 au sujet du contrôle de territoires himalayens et avec le Pakistan en 1992 dans la zone Kargil, sont des motivations et des sources d’explication de la constante augmentation des dépenses militaires[1] et de l’extension de leurs horizons. L’inde s’arme donc au cas où, et étend ses capacités militaires pour équilibrer ses forces avec ses voisins, notamment avec la chine, allié du Pakistan qu’elle rattrape désormais dans le cercle fermé des puissances spatiales. Cette conquête de l’espace par les moyens militaires reste donc largement une posture défensive.

La deuxième raison pouvant expliquer l’entrée de l’inde dans le cercle restreint des puissances spatiales est à mettre dans le sillage général des ambitions stratégiques régionales et mondiales de cet Etat. L’inde est bien consciente que, aujourd’hui, le dynamisme de ses marqueurs de puissance traditionnelle (armée population économie etc.)sont autant de facteurs pouvant lui permettre de s’affirmer et de dire son mot sur la scène internationale. Le temps est passé où l’inde cherchait à affirmer un statut au lendemain de ses essais nucléaires et faisait l’objet de sanctions. Désormais, New Delhi entend tracer sa voie dans les concerts des grandes nations au nom de sa sécurité et de ses ambitions légitimes. Les arguments appuyant comme un tambour de guerre cette marche sont nombreux. L’inde s’affirme de plus en plus comme une véritable puissance économique. La croissance de son économie, portée par une industrie manufacturière en pleine croissance et une forte demande interne, ont permis à cette dernière de se classer selon l’OCDE au sixième rang mondial, surclassant ainsi la France. Les projections laissent même envisager que cette tendance haussière de la performance de l’économie indienne la hissera d’ici quelques années au troisième rang mondial, derrière les Etats Unis et la Chine.

Motif de fierté et facteur d’émulation d’ambitions régionales et mondiales, ces performances de l’économie indienne l’autorise à mettre sa richesse au service de ses causes éternelles et particulièrement sa sécurité. Elle autorise également la sortie progressive de cet Etat d l’extrême pauvreté qui la caractérisait autrefois, et favorise également l’élargissement de l’influence de cette dernière au-delà de l’Asie du Sud. Les relations internationales de l’Inde dépassent aujourd’hui largement le seul cadre de l’Asie. Certes, c’est dans l’espace géopolitique asiatique que la politique étrangère de l’Inde est ambitieuse. Elle s’affirme, entre autres, par des ambitions d’intégration économique de ses voisins géographiquement plus petit, mais ces relations englobent également l’Amérique, le moyen orient, le Japon. Cette ouverture de l’Inde au-delà de son espace vital accroit foncièrement sa visibilité. Ainsi n'est on  pas réellement pas étonné de voir l’Inde, puissance nucléaire et maintenant spatiale, aller à la quête d’un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU.

Entre recherche du renforcement du sentiment de sécurité et ambition de grandeur, la puissance militaire spatiale de l’Inde rappelle une fois de plus que le processus d’émergence va de pair avec la naissance de nouvelles quêtes.

Au-delà de l’armure du cavalier indien :

L’inde s’affirme sur la scène internationale, du moins son image se métamorphose, son entrée dans le cercle des puissances spatiales est là pour le confirmer. Cependant, cette affirmation de l’Inde est encore loin de son réel potentiel, car freinée par des contraintes internes majeures. Les ambitions extérieures de l’Inde sont principalement freinées par la question de la maitrise entière de la stabilité politique et sociale du pays. Si les autorités politiques de New Delhi peuvent revendiquer un maillage du terriroire , en terme de présence d’hommes ou de matériels  - en dehors bien sur des zones territoriales disputées- tels n’est pas le cas de la maitrise de la sécurité et la sécurisation  de ses 3,287 millions de Km2. Le territoire indien est régulièrement soumis à la pression de nombreux groupes militarisés, peu ou prou organisés,motivés par des revendications à caractères politiques, agissant exclusivement à l’intérieur du territoire ou souvent patronnés de l’extérieur. C’est le cas notamment de la menace représentée par le groupe Lashbar e Toiba, dont la base arrière serait en territoire pakistanais. Ces menaces diffuses, déterritorialisés et masquées, car difficilement indentifiables et maitrisables,imposent largement à l’inde une approche défensive réflexive, c’est-à-dire d’abord dirigée vers l’intérieur.Les autorités de New Delhi sont bien conscientes que la priorité en matière d’ambitions et de sécurité est la maitrise de sa stabilité politique. Ils représenteraient même au sens de Ajit Dova, le conseiller à la sécurité nationale, une question de survie de l’Etat indien[i]. Nul n’est donc surpris de constater que l’État Indien mobilise l’essentiel de ses ressources financières et militaires pour la maitrise de sa stabilité politique. Cette attitude compréhensible restreint considérable les capacités de projection, notamment militaire, de l’Inde au-delà de son territoire.  Ce constat renforce l’idée de l’approche défensive representée par l’accession au statut de puissance spatiale.

Au niveau sociale, la diversité ethnique, religieuse, et les différences sociales ne sont pas à négligée dans l’explication des defis à relever par l’Inde pour son affirmation. Les autorités de New Delhi sont appelées régulièrement à trouver des formules pour juguler les crises et tensions sociales dont les sources sont à rechercher dans la politisation et l’exacerbation des différences. Les différences religieuses représentent particulièrement un defis majeur dans la mesure où l’actualité du pays est souvent dominée par des affrontements motivés par des considérations religieuses.

L’Inde n’est pas encore une puissance capable de se projeter avec assurance au-delà de ses frontières avec la même intensité que les Etats unis  ou La Russie. Elle n’arrive même pas encore à juguler les nombreux defis internes auxquels elle doit faire face, c’est une certitude. Cependant, le dynamisme tous azimuts de cet Etat dont l’entrée dans le cercle des puissances spatiales n’est qu’un aspect renseigne à suffisance sur les ambitions d’un Etat qui se voit jouer un rôle plus actif sur la scène internationale.

 


[1]Si ces dépenses militaires n’atteignent pas encore le niveau de la chine et sont loin d’atteindre le niveau des Etats Unis, il y a lieu de relever que l’inde qui occupait le sixième budget de défense en 2016 a procédé à en 2017 à une hausse de près de 5,5% de ses dépenses et s’est projeté à la cinquième place mondiale.

 


[i][i] . TNN, « Internal Security Challenges more Grave than External Threats: Doval », The Times of India, 1er novembre 2015.

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Dr. Sali Bouba Oumarou

Analyser, décrypter et écrire: une passion qui meuble mon temps.
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