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Bienvenue sur cette plateforme. Vous y trouverez les analyses et commentaires de l'actualité internationale et régionale, réalisés par le Dr. Sali Bouba Oumarou.

La diplomatie silencieuse des symboles de Madeleine Albright

La diplomatie silencieuse des symboles de Madeleine Albright

(c) https://www.wellesley.edu/

Durant les négociations avec la Russie sur le traité antimissile balistique, Madeleine Albright, à  l’époque secrétaire d’État à la maison blanche, arborait sur la poitrine une broche en forme de flèche. Connaissant, la particularité de la communication diplomatique silencieuse de la secrétaire d’État américaine, le ministre russe des affaires étranges n’hésita pas à demander si la broche représentait un intercepteur de missile. La réponse teintée d’humour de la secrétaire d’État fut la suivante « Yes, we make them very small, let’s negotiate ».

Cette anecdote banale pour des processus de négociation sur l’arène internationale n’avait pas moins un sens lourd et profond. Il venait rappeler, d’une certaine façon, que la diplomatie aujourd’hui n’est pas uniquement une affaire d’actes, de paroles ou d’actions. Elle incorpore, qu’on le veuille ou non, une dimension symbolique souvent négligée, mais dont l’importance peut parfois égaler ou aller de pair avec les dimensions visibles. Madeleine Albright, première femme secrétaire d’État dans une arène diplomatique dominée par les hommes et les actes en situation, a su imposer ou faire (re)découvrir la signature de la diplomatie silencieuse ou du symbole à travers sa passion pour les bijoux, et en particulier les broches. Avec cette dernière, jamais l’attention et la prise au sérieux des symboles en diplomatie n’ont été si grandes ; jamais également un diplomate n’aura accordé autant d’importance aux symboles à travers des broches.

(c) sipa press

Le point de départ de l’aventure de Madeleine Albright dans les méandres de la diplomatie des symboles  est assez anecdotique pour ne pas être souligné. Après la guerre du golf, Madeleine Albright, ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies, avait la lourde charge de défendre la position assez critique des États-Unis sur les velléités et les ambitions de puissance du régime irakien et de son président de l’époque, Saddam Hussein. La secrétaire d’État n’y alla pas de main morte et, comme on pouvait s’y attendre, l’écho de la ligne dure de Washington se propagea jusqu’aux confins de l’Irak. La presse irakienne, dans un élan de fierté nationale, ne tarda pas à y apporter une réponse en comparant dans un poème Madeleine Albright à un serpent inégale ou sans rivaux.  Après cette saillie médiatique, la représentante permanente des Etats-Unis auprès des Nations Unies eu l’idée d’arborer une broche en forme de serpent dans l’enceinte des Nations Unies où les discussions se poursuivaient sur la question de l’Irak. Interpellé par un journaliste sur le sens a donné à cette broche, Madeleine Albright ne passa pas par quatre chemins pour affirmer que la broche en forme de serpent apposé sur sa poitrine était une référence à la comparaison faite par la presse irakienne. Elle signifiait autrement que la broche qu’elle arborait avait un objectif : passer un message.

Pour celle qui deviendra secrétaire d’État quelques années plus tard, cette première connexion entre la broche en forme de serpent et la réponse des médias irakiens fut le point de départ de la construction d’une stratégie de communication diplomatique basée pour une part non négligeable sur des symboles. Elle en fera carrément une signature particulière et singulière, puisque jusqu’ici aucun autre exemple égalable ne peut être évoqué. La diplomatie du symbole pour Madeleine Albright devint une façon assez subtile de s’adresser aux autres diplomates, de donner à l’avance des signaux sur ses positions ou celles de l’administration Clinton, bref de marquer une intention.

Pendant toute la durée de son séjour au côté du président américain, les symboles ont été les formes les plus subtiles et intrigantes à la fois de la  communication diplomatique de la secrétaire d’État. Toutes les situations, toutes les occasions, heureuses ou malheureuses, tristes ou dramatiques étaient une occasion pour la secrétaire d’État de mettre à l’épreuve sa communication diplomatie particulière. On se souvient à cet égard qu’après les massacres commis en Tchétchénie, la broche correspondante à la situation fut celle représentant les trois singes…

 

 

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Dr. Sali Bouba Oumarou

Analyser, décrypter et écrire: une passion qui meuble mon temps.
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