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Bienvenue sur cette plateforme. Vous y trouverez les analyses et commentaires de l'actualité internationale et régionale, réalisés par le Dr. Sali Bouba Oumarou.

La puissance destructrice négligée des « pick up » !

Il est d’une évidence que l’infrastructure des conflits rythme  l’intensité et la durée des  affrontements violents à travers le monde. Chaque nouveau conflit engendre, avec plus ou moins d’ampleur, des innovations de l’industrie de l’armement[1]. Jamais les formes et les moyens de faire la guerre n’ont été si divers, allant de la fameuse AK-47 aux drones armés en passant bien sûr par les armes nucléaires. Les dynamiques des conflits violents, puisqu’il s’agit de  cette forme particulière de violence,  se métamorphosent donc au rythme de l’inventivité et la créativité des hommes. Néanmoins, au milieu de cette démesure au service de la violence, certaines constantes demeurent.

Quiconque s’intéresse aux conflits à travers la planète a déjà probablement  remarqué cette image récurrente : celle des pick-up meublant les divers théâtres d’opérations. Des faubourgs de Tripoli, aux quatre coins de la Centrafrique, en passant par les montagnes pakistanaises et les plaines syriennes, les pick-up accompagnent intimement la violence des combattants.  Les groupes armés non étatiques et des régiments des armées nationales paradent et combattent sur ces véhicules légers dont la construction débuta en 1968 au Japon.

À l’apogée de la confrontation entre le groupe dit État islamique et les forces de la coalition internationale, la Russie estima à près de dix milles le nombre de pick-up formant le parc du matériel roulant de guerre de l’État islamique. L’omniprésence de cet engin roulant léger, à usage civil à la base, dans les conflits violents fait dire qu’il serait le propre des guerres insurgées, surpassant même les véhicules de guerre tel que le humvee. Le sous-secrétaire d’État à la défense américaine, Andrew Exum, avance  à ce propos qu’ : « Il est l'équivalent en version véhicules de l'AK-47. Il est omniprésent dans toutes les guerres insurgées. Et en fait, récemment, dans toutes les guerres luttant contre les insurrections de manière. Il surpasse de très loin le Humvee [véhicule militaire américain] »[2].

Historiquement, la popularité des pick-up dans les confits est née à la suite du conflit opposant le Tchad et la Lybie, au sujet du contrôle de la bande d’Aozou, en 1987. Forte d’une armée matériellement mieux équipée, comprenant aussi bien des tanks que des appareils volants de combat[3], les troupes libyennes de Mouammar Kadhafi ont été défaites par les forces armées nationales du Tchad dont la particularité était la forte mobilité effectuée sur des Toyota. Certes, la défaite des troupes libyennes n’est pas à mettre sur les seules épaules des soldats tchadiens et des Toyota. Elle est davantage le résultat de la conjonction des efforts de plusieurs acteurs, dont les puissances étrangères qui apportèrent une aide déterminante en termes de renseignement et d’appui logistique. Toutefois, sur le théâtre des opérations, l’image frappante et remarquable à la fois pour les observateurs de l’époque fut la ruée des « abeilles de Toyota » sur les colonnes de chars du guide libyen. Cette image a  d’ailleurs fini par populariser cet affrontement sous le nom de « guerre de Toyota ».  

Depuis ce précédent, les pick-up ou d’autres véhicules légers similaires sont visibles sur la quasi-totalité des conflits interétatiques, intraetatiques ou intermestiques. Plusieurs raisons non exhaustives pourraient expliquer l’attrait particulier de cette arme par destination et transformation dans les conflits à travers le monde. Comparés aux autres moyens de mobilité en période de conflit, les pick-up s'avèrent relativement accessibles pour les groupes armés non étatiques et les armées nationales. Le coût d’un pick-up armé ou non est toujours moindre par rapport au coût d’un char ou d’un humvee. En outre, le statut du pick-up, véhicule léger à usage civil, ne fait pas l’objet de restrictions de ventes ou de contrôles comme des véhicules à usage militaires. Certes, les constructeurs et les États sont de plus en plus conscients du potentiel destructeur des Pick-up et tentent de réguler son  marché, mais, ces véhicules restent plus accessibles et représentent, pour les acteurs non étatiques et étatiques, des alternatives alléchantes aux restrictions de ventes d’armes[4].

À ces avantages en termes d’accessibilités, s’ajoutent les nombreuses possibilités stratégiques offertes par ces engins roulants. Le pick-up offre, en effet, une capacité de mobilité extraordinaire des combattants sur divers terrains ; sa robustesse et sa forme en général favorise non seulement son évolution sur des terrains accidentés, mais également son utilisation comme véhicule de transport de troupes. Il est estimé qu’un pick-up pourrait transporter au moins douze combattants. Dans la guerre contre l’EI, les forces internationales eurent bien des fois du mal à faire face à la mobilité des nombreuses troupes armées roulant essentiellement sur des pick-up. Par ailleurs, la malléabilité et la robustesse de ces véhicules offrent de nombreuses possibilités d’adaptations et d’équipements. Plusieurs types d'armes peuvent être montés à l'arrière des pick-up, à l’instar des mitrailleuses lourdes et des canons antiaériens ; ce qui n’est pas toujours le cas avec des véhicules classiques de guerre aux options de transformation limitées. Ces véhicules offrent donc une capacité terrestre assez autonome « de destruction par tir direct […] et indirect »[5]. En somme, le pick-up favorise aux groupes armés la pérennisation des capacités de nuisance assez importantes. Il conviendrait donc, dans les stratégies visant à réduire  les capacités de nuisance des groupes terroristes ou autres insurgées, de  ne pas négliger la puissance destructrice des pick-up.

 

 

 

[1]La seconde guerre mondiale notamment a été le théâtre d’une série d’avancées scientifiques, notamment avec la conception de nouveaux chars  et autres véhicules spécialisés.

[3]Abbas Kayangar, HassanDjamous: Le héros immortel de la guerre Tchad-Libye, Editions Publibook, 7 sept. 2016,p.30

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Dr. Sali Bouba Oumarou

Analyser, décrypter et écrire: une passion qui meuble mon temps.
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