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Bienvenue sur cette plateforme. Vous y trouverez les analyses et commentaires de l'actualité internationale et régionale, réalisés par le Dr. Sali Bouba Oumarou.

Le temps des archives: Le Cromlech de M’zorah et « l’homme de Tanger »

En parcourant, à tout hasard, les éditions du journal de Tanger du  13 et 20 juin 1970, il a été intéressant de constater qu’à ce moment précis de l’histoire, les potentiels archéologique et préhistorique de la ville du détroit faisaient l’objet d’une attention particulière. Hommes de sciences et citoyens ordinaires s’intéressaient avec une curiosité gloutonne aux mystères anciens que recelaient le sol et le sous sol de la ville du détroit et ses environs. Cet intérêt était si important que, dans une correspondance adressée à la rédaction du journal de Tanger, au sujet de « l’homme de Tanger », un néandertalien, vraisemblablement « plus archaïque » que ceux d’Europe (selon le paléontologue Piveteau), le Dr Jean Faure (expert de l’organisation mondiale de la santé) soutenait, sans réserve, l’idée du Dr Guement de constituer un groupement de recherches d’archéologie et de préhistoire dans le nord du Maroc. Pour les deux hommes de sciences, il était nécessaire et même impératif de lever, avec méthode et rigueur, les zones d’ombre sur les importantes découvertes archéologiques effectuées dans la région, prioritairement sur le Cromlech de Ben M’Zora, situé aux encablures d’Assilah, et sur « l’homme de Tanger ».

Dans sa note, parue dans l’édition du Journal de Tanger du 13 juin 1970, le Dr Guement tente ainsi de mettre en évidence l’importance d’une telle recherche, en faisant des rapprochements avec le Cromlech de Stonehenge, en Grande Bretagne et celui de M’Zorah, au Maroc. A la lueur d’observations d’ordre astronomiques effectuées au Cromlech de Stonehenge, il s’interroge principalement sur la raison d’être du Cromlech de M’zorah, un site qui fut sensiblement créé entre -1800 et -900 avant Jésus Christ. Il se demande plus précisément si le Cromlech de Ben M’zorah est un observatoire astronomique primitif, au même titre que le Cromlech de Stonehenge, en Grande Bretagne.

Situé à une quinzaine de Kilomètres de la ville d’Asilah, dans la commune de Sidi El Yamani, les recherches effectués jusqu’ici sur ce site ont permis d’établir (provisoirement) qu’il s’agit du plus important site mégalithique du Maghreb. Il fait une cinquantaine de mètres et est constitué, selon André Denabath (professeur honoraires des universités et ancien directeur de la mission préhistorique et paléontologique française au Maroc) d’un tertre funéraire de plus de 50 mètres de diamètre, cerclé de 167 monolithes (pierres) dont le plus important mesure plus de 5 mètres de hauteur. Moins qu’un observatoire astronomique, plus qu’un simplement monument funéraire, le Cromlech de Ben M’zora est certainement un des témoins  de l’histoire ancienne de la région du Nord du Maroc, au même titre que « l’homme de Tanger », dont à l’âge, à l’époque,  fut estimé par le Dr Jean Faure, dans sa correspondance du 20 juin 1970, dans une fourchette comprise  entre 100.000 et 400.000 ans.

L’intérêt du Dr Jean Faure pour des recherches approfondies sur « l’homme de Tanger », réside, entre les lignes de sa correspondance, sur la nécessité de lever les zones d’ombres sur « l’homme de Tanger », dont les débris anatomiques reaffirmaient le caractère propice et adéquat de la région à des recherches archéologiques. Il suggérait ainsi avec emphase la reprise des recherches concernant cet homme préhistorique « dont, écrivait- il, nous possédons quelques débris anatomiques à peu près indéchiffrables »(Piveteau).

La correspondance de ce passionné de préhistoire a ceci d’intéressante qu’elle suggère que « l’homme de Tanger » appartiendrait au groupe des « paléanthropiens représenté principalement par les hommes de Neandertal et porteurs de la civilisation de la pierre taillé Levalloiso-moustérienne ». Elle suggère, par ailleurs, à l’aune des observations d’une collection d’objets préhistoriques de Fournier, constitué de corats et d’un grattoir moustérien, la présence des vestiges de la civilisation précitée. La découverte par d’autres chercheurs, en 1939[1], d’une portion de maximilaire supérieur d’enfant avec deux dents en place, et d’une molaire supérieure, représentaient, aux yeux du Dr Jean Faure, des espoirs de réalisation d’autres découvertes plus surprenantes. Il suggérait alors, comme une sentence, toujours d’actualité, que « la recherche demande plus de flair, de patience, et d « huile de coude » que de crédits ».

Tanger le 12 avril 2021.


[1] Cette decouverte est mentionnée dans le tome VII du traité de Paléontologie de Piveteau.

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Dr. Sali Bouba Oumarou

Analyser, décrypter et écrire: une passion qui meuble mon temps.
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