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Bienvenue sur cette plateforme. Vous y trouverez les analyses et commentaires de l'actualité internationale et régionale, réalisés par le Dr. Sali Bouba Oumarou.

Quête de transparence des ONG dans le secteur de la sécurité au Niger : briser continuellement le plafond de verre

Chers lecteurs, nous vous proposons ci-dessous l’introduction de notre article publié dans le n°2 de la Revue Paix et Sécurité en Afrique subsaharienne. Nov.2020.Il peut être mis à votre disposition sur simple demande! Bonne lecture.

Quête de transparence des ONG dans le secteur de la sécurité au Niger : briser continuellement le plafond de verre

Résumé :

En explorant comment les ONG, mobilisées dans l’affaire des « surfacturations » au Niger, ont pu réfuter l’idée de l’impossible transparence du secteur de la sécurité, cet article a pour ambition de démontrer que les acteurs externes à ce secteur régalien, où domine largement le secret, ont la capacité d’apporter une contribution à la quête de la transparence. Cette démonstration s’appuie sur une enquête qualitative portée sur l’étude de documents et des discours (circulant prioritairement sur l’espace numérique) permettant de localiser les répertoires d’actions développées, ainsi que les difficultés pertinentes rencontrées par les ONG dans leur quête de la transparence dans le secteur de la sécurité.

Mots clés : ONG ; Niger ; corruption ; transparence ; répertoires d’action

Introduction.

Depuis le mois de février 2020, les récits sur la gestion questionnable des ressources du secteur de la sécurité au Niger rythment les débats médiatiques locaux et internationaux. Que l’on s’intéresse à la presse locale ou internationale, la même image revient avec insistance : celle d’un secteur de la sécurité, en l’occurrence ici l’armée, dont la gestion des ressources financières ne respecte pas toujours les exigences éthiques, les règles de conformité et les implorations de performance recherchées dans le secteur public (Takoubakoye, 2017), en général. De fait, les résultats d’un audit sans précédent de l’inspection générale des armées ont fait état de ce que sur les commandes passées par le ministère nigérien de la Défense, entre les années 2017 et 2019, près de 32,6 milliards F CFA auraient été détournés au moyen des surfacturations et la non-livraison. Inédite, l’ampleur de cette suspicion de corruption, cataloguée par la presse « de l’affaire des surfacturations » (Jeune Afrique, 2020) est venue remettre en question les progrès réalisés dans la mise en place d’institutions internes de contrôle de conformité et de quête de la performance au sein de l’armée nigérienne. Si sur la question de la transparence dans ce secteur stratégique, des institutions internes telles que l’inspection générale des armées et de la gendarmerie nationale existent, et de toute évidence, jouent une partition dans les processus de consolidation de la transparence, l’action des organisations non gouvernementales n’a pas été moindre pour permettre de toucher le cœur du problème : celui de la transparence et la reddition des comptes dans le secteur de la sécurité. Pour aller à l’essentiel, n’eut été l’inscription dans la durée de cette « affaire » dans l’espace public et la mobilisation multiniveau des organisations non gouvernementales, le réflexe de l’autorité publique fut, d’abord, celui du secret, et de la discrétion pour évacuer le sujet par des arrangements administratifs « à l’amiable »1. Ce fut fondamentalement l’entrée par effraction, par diverses modalités, d’une diversité d’acteurs — dont des organisations non gouvernementales— dans cette « affaire des surfacturations » qui créa le point de rupture dans les thérapeutiques envisageant accessoirement des poursuites judiciaires. Cette réalité n’est pas sans interroger le potentiel des organisations non gouvernementales dans la quête de la transparence dans le secteur sensible et auréolé de secret de la défense. On se pose notamment la question de savoir : par quels moyens d’action les organisations non gouvernementales interviennent-elles dans la quête de la transparence et la reddition des comptes dans le secteur de la sécurité ? À quelles difficultés peuvent-elles être confrontées ?

En expliquant comment les ONG ont pu réfuter l’idée de l’impossible transparence du secteur de la sécurité suite à l’éclatement de « l’affaire des surfacturations », tout en accordant un point aux difficultés auxquelles ces acteurs ont été confrontés, cet article a pour objectif de démontrer que les ONG ont la capacité de contribuer à la quête de la transparence et la reddition des comptes dans un secteur régalien potentiellement imperméable à leurs actions. Il y a là, l’intention d’actualiser, à travers l’étude d’un cas situé, le débat initié dès les années 1980 (Otayek, 2002) sur les rôles que les acteurs du secteur, a priori, non marchand pourraient jouer dans les processus de consolidation de l’État de droit. Les ONG nigériennes, et plus largement la société civile, sont en effet reconnues avoir participé aux transformations qui ont bouleversé, non seulement les rapports entre l’État et les citoyens (Gazibo, 2007a), mais également les formes de revendications publiques qui, si elles n’étaient pas impossibles, au lendemain des indépendances, étaient tout simplement clandestines. Aujourd’hui encore, elles contribuent autant à la définition de nouvelles formes de participation publique, qu’à l’exposition et le cadrage interprétatif de certains problèmes publics (MahamanTidjani Alou, 2016). La crise alimentaire de 2005 a donné à voir comment ces acteurs ont grandement contribué, par la dénonciation et l’occupation de l’espace public, par diverses modalités d’action, à l’ajustement des réponses de l’autorité publique à la problématique du détournement de l’aide alimentaire (Gazibo, 2007b).

Cette recherche se situe sur un plan théorique, dans le champ des études sur la sociologie des mobilisations (Neveu, 2005 ; Banégas, 2005). Elle s’ancre dans le prolongement des études sur les différentes formes de participation et d’engagement politiques (Chazel, 1986), des études « des rapports sociaux médiatisés » (Macé, 2001 : 245) et des études de la politique par le bas qui mettent l’accent, entre autres, sur « les modes populaires d’action politique » (Martin, 1989 ; Tilly, 1984a). Elle s’appuie méthodologiquement sur une enquête qualitative portée sur l’étude de documents et des discours (circulant prioritairement sur l’espace numérique) permettant de localiser les répertoires d’actions (Tilly, 1984a) développées ainsi que les difficultés pertinentes rencontrées par les acteurs engagés dans la quête de la transparence dans l’affaire des « surfacturations ». Une part importante de nos résultats relève d’une focalisation sur les répertoires d’actions développées par l’ONG Alternative Espaces Citoyens2 , à titre individuel ou collectivement, dans le cadre de regroupements ou collectifs d’associations s’étant mobilisés autour de l’ « affaire des surfacturations ». Ce choix a été guidé par une revue de presse nationale (nigérienne) et internationale en ligne rassemblant des supports relativement différents (L’Évènement Niger ; Indépendant plus ; Jeune Afrique ; Afp ; le Point, etc.) qui a permis de relever une visibilité multiforme (discours, actions de terrain, manifestations etc.) de cet acteur de la société civile nigérienne. Bien que les cas mobilisés pour cette étude ne sauraient épuiser les différentes formes de réfutation de l’impossible transparence du secteur de la sécurité au Niger mises en œuvre par les acteurs externes au secteur public, ni les difficultés que peuvent rencontrer ces acteurs dans cette quête, encore moins toutes les catégories d’acteurs engagés pour cette cause, ils permettent de restituer des contributions pertinentes qui se distinguent radicalement des modalités classiques de contrôle de la transparence dans le secteur de la sécurité au Niger

 

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Dr. Sali Bouba Oumarou

Analyser, décrypter et écrire: une passion qui meuble mon temps.
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