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Bienvenue sur cette plateforme. Vous y trouverez les analyses et commentaires de l'actualité internationale et régionale, réalisés par le Dr. Sali Bouba Oumarou.

"Mon œuvre a jailli d’un irrésistible besoin intérieur": Søren Kirkegaard, un auteur à découvrir!

            Søren Kierkegaard s’est éteint en 1885. Cela fait donc 136 ans que les idées de cet –écrivain-philosophe, contenues dans divers ouvrages aux titres hors du commun, continuent de hanter délicatement notre monde. Bien audacieux celui qui oserait prétendre pouvoir résumer toutes ses idées, toute la pensée et la vision du monde de celui qui peut être valablement considéré comme le précurseur de l’existentialisme, cette obsession de parler de l’existence concrète, de ses bifurcations, potentielles évolutions et transformations.

            Kierkegaard est certainement un auteur à connaitre, à lire, et à faire lire. Bien que nous l’ayons connu au hasard de la lecture de son traité sur le désespoir, et non durant les leçons de philosophie que nous apprîmes graduellement à aimer au lycée, l’exploration de la pensée de cet auteur est toujours un voyage sur les crêtes de notre propre vie. Parce qu’attachée à l’existence dans laquelle nous sommes encore plongée, parcequ’intimement liée à la vie tumultueuse et pleine de rebondissements de l’auteur, cette pensée, dans son ensemble, si tant  est qu’elle peut former un ensemble cohérent, est susceptible de se superposer sur les chemins tortueux ou rectilignes de nos passions et désirs, de nos luttes et inlassable quête de liberté et vérité. Qui d’entre nous ne sait jamais poser de questions sur le sens de l’existence, sur la voie à suivre pour affirmer son authenticité et sa qualité d’être unique ? Qui n’a jamais remis en question sa façon de vivre, d’interagir avec son monde et le monde ? Tout au long des étapes de nos vies, de la succession du temps qui nous anime, il arrive des instants où ces questions et bien d’autres fixent la mesure, le tempo de la conscience que nous avons ou pouvons avoir de notre propre existence. L’urgence, à ces moments-là, n’est plus tant de vivre, d’exister, mais de trouver des réponses au sens de notre existence.

            Il y a trois stades de l’existence nous dit Kierkegaard. Ainsi chaque conscience est placée devant  trois façons de vivre, entre trois stades qu’il peut vivre successivement ou dont il peut choisir un qui exprimera d’une manière ou d’une autre sa liberté.  Il y a d’abord le stade esthétique où l’on vit dans l’instant, dans le fini, où le passé est la référence première, les plaisirs de courte durée sont très vite supplantés par la tristesse et la mélancolie. Jean Wahl résume cela par cette formule « L’esthéticien a l’espérance derrière soi et le souvenir devant soi ». Au stade esthétique on vit en permanence dans la douleur, et les expériences de la vie semblent avoir la même saveur, elles sont en somme rectilignes, détachées de toute durée. Quoiqu’on fasse, encore que le moi n’est désormais ici  plus qu’une sorte d’ombre, relégué en arrière-plan au profit de ce qui ne nous appartient pas, on se retrouve toujours hors de sa propre existence, de cette possibilité d’opérer de véritables jugements, de se détacher de l’angoisse et de l’anxiété. Kierkegaard écrit à ce propos : « Outre mes nombreuses autres relations, j’ai encore un confident intime-ma mélancolie ; suis-je en pleine joie, en plein travail, elle me fait signe, m’appelle à l’écart, bien que mon corps ne change pas de place. Ma mélancolie est l’amante la plus fidèle que j’aie connue ; quoi d’étonnant que je l’aime en retour ? »[1].

            Ensuite, il y a le stade éthique où le temps ne se perçoit plus en trait discontinu, mais comme une voie à suivre. La conscience, perdue dans le stade esthétique, se réaffirme puisqu’on est de nouveau capable de décider, de véritablement exister par soi même ; dans le stade éthique, on est capable de s’engager, avec volonté et intelligence tel que le conçoit Landsberg. Le langage réflexif qui caractérise ce stade de la vie autorise l’action active dans la vie sociale et le monde. À l’inverse donc de l’esthéticien qui privilégie spontanéité, l’éthicien est un homme de projet, envisageant le temps dans la durée, projetant sa vie autour d’un avenir construit au fil des possibilités qui la déterminera.  Il y a forcement ici une construction graduelle du moi marquée non seulement par l’intérêt porté sur ce qui nous appartient : intériorité, mais également par ce qui ne nous appartient pas : les règles sociales.

            Au-dessus de ce stade, il y a enfin le stade religieux, nous dit Søren Kierkegaard. C’est le stade ou l’individu est davantage intériorisé, et réalise l’élévation existentielle. Il découvre que l’intériorité  ne saurait être vérité, quand la vérité absolue le dépasse et exigence pour sa connaissance un don divin. Pour Kierkegaard, il s’agit là du stade le plus élevé de la vie que les hommes peuvent espérer atteindre. Il s'agit en d’autres termes d’un stade matérialisant la progression au-delà des deux étapes précédentes, un passage à quelque chose de profond et de palpitant. Dans la vie esthétique, si les passions et désirs l’emportent, et dans le stade éthique on reprend quelque part possession de son moi, au stade religieux on est gouverné par une foi totale en Dieu, donnant un véritable sens à la vie.

 

 

 

 

 

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« Mon œuvre a jailli d’un irrésistible besoin intérieur, elle a été la seule possibilité offerte à un mélancolique profondément humilié. » Søren Kierkegaard, Point de vue explicatif de mon œuvre d’écrivain

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Dr. Sali Bouba Oumarou

Analyser, décrypter et écrire: une passion qui meuble mon temps.
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